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Georges MATHIEU

Georges Mathieu

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BIOGRAPHIE

Georges Mathieu, né le 27 janvier 1921 à Boulogne-sur-Mer et mort le 10 juin 2012 à Boulogne-Billancourt, demeure l'une des figures majeures de la peinture française du XXe siècle. Considéré comme le fondateur de l'abstraction lyrique, il révolutionne profondément la manière de concevoir l'acte de peindre en faisant du geste, de la vitesse d'exécution et de l'énergie créatrice les véritables sujets de l'œuvre. Bien avant que Jackson Pollock ou les artistes de l'action painting ne soient pleinement reconnus en Europe, Mathieu développe une peinture spontanée, instinctive et spectaculaire, réalisée directement sur la toile en quelques minutes seulement.

 

Son influence dépasse largement le cadre de la peinture abstraite. Artiste complet, théoricien, conférencier, designer, décorateur, créateur de monnaies, d'affiches, de tapisseries, de mobilier et même d'identités visuelles, Georges Mathieu a constamment cherché à abolir les frontières entre les beaux-arts, les arts décoratifs et le design industriel. À travers ses performances publiques, souvent exécutées devant des milliers de spectateurs, il transforme également le peintre en véritable acteur de son œuvre, annonçant plusieurs décennies avant leur apparition les performances artistiques contemporaines.

 

Aujourd'hui encore, son travail bénéficie d'une reconnaissance internationale grandissante. Les grandes institutions réévaluent son rôle dans l'histoire de l'art d'après-guerre tandis que le marché de l'art connaît une forte progression de ses œuvres depuis une quinzaine d'années.

 

Les années de formation

Georges Victor Mathieu naît à Boulogne-sur-Mer dans une famille cultivée appartenant à la bourgeoisie française. Son père est administrateur d'une banque britannique tandis que sa mère lui transmet très tôt un goût prononcé pour la littérature, l'histoire et les arts. Son enfance est cependant marquée par le divorce de ses parents, puis par plusieurs déménagements qui forgent chez lui un caractère indépendant.

 

Contrairement à de nombreux artistes de sa génération, il ne suit pas immédiatement une formation artistique. Il entreprend d'abord des études de droit, puis de philosophie et de littérature anglaise à l'Université de Lille. Cette formation intellectuelle exercera une influence durable sur sa pensée. Toute sa carrière sera accompagnée d'une intense réflexion théorique sur la création artistique, l'esthétique et l'histoire de l'art.

Pendant plusieurs années, Mathieu enseigne l'anglais dans différents établissements scolaires (y compris Biarritz) tout en travaillant parallèlement comme interprète. La peinture n'occupe encore qu'une place secondaire dans son existence.

 

C'est durant la Seconde Guerre mondiale que sa vocation artistique s'affirme véritablement. À partir de 1942, il réalise ses premières peintures à l'huile. Il expérimente différents styles avant de rejeter progressivement toute forme de représentation figurative. Très rapidement, il se persuade que l'art moderne doit rompre définitivement avec la tradition naturaliste héritée de la Renaissance.

 

La découverte d'un nouveau langage pictural

Au lendemain de la guerre, Paris retrouve progressivement son statut de capitale artistique européenne. Les débats autour de l'abstraction occupent une place centrale. Plusieurs tendances coexistent : abstraction géométrique, cubisme tardif, surréalisme, art concret ou encore néoplasticisme. Georges Mathieu refuse rapidement toutes ces écoles. À ses yeux, l'abstraction géométrique demeure trop intellectuelle, trop calculée et trop froide. Il estime qu'une œuvre d'art doit être le reflet immédiat de l'émotion humaine et non le résultat d'une construction rationnelle.

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Vers 1945-1946, il commence ainsi à développer une peinture entièrement fondée sur le geste spontané. La toile n'est plus préparée par des dessins préalables. Aucun croquis n'est réalisé. Aucune composition n'est véritablement planifiée. Le tableau naît directement de l'action du peintre. Cette conception constitue une véritable révolution. Mathieu considère que la vitesse d'exécution permet d'exprimer des émotions impossibles à reproduire dans une œuvre longuement réfléchie. Selon lui, plus le geste est rapide, plus il demeure authentique. Cette idée deviendra l'un des fondements de l'abstraction lyrique.

 

La naissance de l'abstraction lyrique

En 1947, Georges Mathieu organise à Paris une exposition aujourd'hui considérée comme historique : L'Imaginaire. Cette manifestation réunit plusieurs artistes qui développent une abstraction totalement libre, expressive et gestuelle. Parmi eux figurent notamment Hans Hartung, Jean-Paul Riopelle, Wols ou encore Bryen. Même si l'expression « abstraction lyrique » sera popularisée progressivement au cours des années suivantes, cette exposition marque symboliquement la naissance du mouvement. Mathieu en devient immédiatement le principal porte-parole. Il multiplie les conférences, les articles et les débats afin de défendre cette nouvelle vision de la peinture. Selon lui, plusieurs caractéristiques distinguent l'abstraction lyrique : absence totale de dessin préparatoire, rapidité d'exécution, spontanéité absolue, primauté du geste, importance de l'émotion, rejet des constructions géométriques. Ces principes influenceront durablement toute une génération de peintres européens.

 

Un artiste autant théoricien que peintre

L'une des particularités de Georges Mathieu réside dans sa capacité à théoriser son propre travail. Contrairement à de nombreux artistes abstraits qui refusent d'expliquer leur démarche, Mathieu publie régulièrement des essais, donne des conférences internationales et participe à d'innombrables débats. Il affirme notamment que la peinture est comparable à une improvisation musicale. Le geste du peintre s'apparente selon lui au jeu d'un musicien de jazz. L'œuvre doit surgir instantanément. Toute réflexion excessive détruit l'énergie créatrice. Cette conception influencera plus tard plusieurs artistes de la performance ainsi que certains représentants de l'art conceptuel. Mathieu développe également une réflexion originale sur la vitesse. Selon lui, la rapidité constitue une valeur esthétique à part entière. Il estime que l'accélération de la société moderne impose une nouvelle manière de créer. Certaines de ses grandes toiles sont ainsi réalisées en moins de vingt minutes. D'autres ne nécessitent que quelques minutes. Cette fulgurance fascine autant qu'elle scandalise. De nombreux critiques considèrent alors qu'une œuvre exécutée aussi rapidement ne peut posséder une véritable profondeur artistique. Mathieu répond que plusieurs siècles de peinture académique ont justement confondu durée d'exécution et qualité.

 

Une technique immédiatement reconnaissable

À partir de la fin des années 1940, son vocabulaire plastique devient parfaitement identifiable. Les fonds sont généralement monochromes, souvent peints avant le début de la composition. Sur cette surface claire apparaissent ensuite de longues projections de peinture noire, rouge, blanche, bleue ou dorée. Le pinceau est utilisé, mais également très souvent directement le tube de peinture. Mathieu emploie parfois des spatules, des bâtons ou de longues brosses. Les lignes semblent exploser dans toutes les directions. Certaines évoquent des idéogrammes. D'autres rappellent une calligraphie orientale. Le vide occupe une place essentielle.

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Contrairement à l'expressionnisme abstrait américain qui tend souvent à couvrir toute la surface de la toile, Georges Mathieu conserve de vastes espaces vierges qui renforcent la puissance du geste. Chaque composition paraît suspendue dans un espace presque cosmique. La couleur joue également un rôle déterminant. L'or devient progressivement l'une de ses signatures. Il évoque à la fois les enluminures médiévales, les icônes byzantines et la monarchie française, thèmes qui passionnent profondément l'artiste.

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L'histoire comme source d'inspiration

Bien que totalement abstraites, les œuvres de Georges Mathieu possèdent presque toujours un titre historique. Il puise abondamment dans les grandes batailles françaises, les épisodes médiévaux, les règnes des Capétiens, les croisades ou encore les conflits religieux. Ainsi apparaissent des titres comme : La Bataille de Bouvines, Les Capétiens partout !, Hommage au maréchal de Turenne, La Victoire de Denain, Le Massacre de la Saint-Barthélemy.

Pour Mathieu, ces références ne cherchent pas à illustrer littéralement les événements. Elles visent davantage à restituer leur intensité émotionnelle. La violence du geste devient ainsi l'équivalent pictural du tumulte de l'Histoire. Cette approche originale distingue profondément son œuvre de celle de nombreux abstraits américains davantage inspirés par la psychologie ou la nature.

 

Les premières reconnaissances internationales

Dès le début des années 1950, Georges Mathieu connaît un succès remarquable. Ses expositions se multiplient à Paris, Londres, Bruxelles, Milan, Zurich puis New York. Les collectionneurs américains découvrent une peinture européenne radicalement différente de l'abstraction géométrique. Ses œuvres intègrent progressivement les collections de nombreux musées internationaux. Mathieu devient rapidement l'un des artistes français les plus exportés de sa génération. Les critiques demeurent pourtant très partagés. Certains voient en lui le génie rénovateur de la peinture européenne. D'autres dénoncent un artiste spectaculaire davantage préoccupé par sa propre mise en scène que par la qualité de son travail. Cette controverse ne fera que renforcer sa notoriété.

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Mathieu comprend très tôt que l'art contemporain se joue également dans les médias. Photographies, interviews, films documentaires et apparitions publiques participent pleinement à sa stratégie de communication. Il construit progressivement un personnage reconnaissable entre tous : élégance aristocratique, costume sombre, gestes rapides, éloquence brillante et goût assumé de la provocation. Cette personnalité publique contribuera largement à faire de lui l'une des figures artistiques les plus célèbres de la France des années 1950 et 1960.

 

Au cours des années 1950, Georges Mathieu s'impose comme l'un des artistes français les plus célèbres de l'après-guerre. Si ses tableaux séduisent rapidement collectionneurs et musées, c'est surtout sa manière totalement inédite de peindre qui fascine le public. Là où la plupart des artistes travaillent dans le secret de leur atelier, Mathieu choisit d'exposer le processus de création lui-même. Il transforme la réalisation d'un tableau en un véritable spectacle. Bien avant l'émergence du happening, de la performance artistique ou de l'art relationnel, il comprend que l'acte de peindre peut devenir une œuvre à part entière.

Cette conception profondément novatrice bouleverse les codes traditionnels de la peinture occidentale. Désormais, le public ne découvre plus seulement une toile terminée ; il assiste à sa naissance. Le geste, la vitesse, l'énergie physique, les déplacements du peintre autour de la toile deviennent aussi importants que le résultat final. Cette approche influencera plusieurs générations d'artistes performeurs, même si son rôle de précurseur ne sera pleinement reconnu que plusieurs décennies plus tard.

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L'inventeur de la peinture-performance

À partir de 1954, Georges Mathieu organise ses premières démonstrations publiques de peinture. Installé devant d'immenses toiles blanches, souvent dans des galeries, des théâtres ou des musées, il réalise en quelques minutes seulement des compositions monumentales sous les yeux de centaines, parfois de milliers de spectateurs.

 

Le silence qui précède l'exécution contraste avec l'extrême rapidité des gestes. Mathieu utilise de longs pinceaux, verse directement la peinture depuis les tubes, projette les couleurs avec une précision étonnante et parcourt la surface de la toile avec une énergie presque chorégraphique. L'ensemble donne l'impression d'une improvisation totale, alors qu'il repose en réalité sur une maîtrise exceptionnelle du mouvement et de l'espace.

 

Pour Mathieu, la peinture est comparable à un concert de musique. L'œuvre naît dans un temps limité et ne peut être reproduite à l'identique. Chaque geste est irréversible. Cette dimension performative rapproche son travail de l'improvisation jazz, qu'il admire profondément, mais aussi de certaines pratiques de la calligraphie extrême-orientale.

 

Ses démonstrations attirent rapidement une foule considérable. Dans les années 1950 et 1960, elles constituent de véritables événements culturels relayés par la presse, la radio puis la télévision. L'artiste devient l'une des personnalités les plus médiatiques du monde de l'art français.

 

Les performances internationales

La réputation de Georges Mathieu dépasse rapidement les frontières françaises. Il est invité à réaliser des performances dans de nombreuses capitales internationales, où son approche spectaculaire suscite autant la fascination que la controverse.

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En 1956, il peint à Tokyo devant plusieurs milliers de personnes. Cette rencontre avec le Japon constitue une étape essentielle de sa carrière. Les critiques japonais établissent immédiatement un rapprochement entre son geste et la tradition de la calligraphie zen. Mathieu, qui s'intéresse depuis longtemps aux cultures orientales, apprécie particulièrement cette lecture de son travail. Sans jamais avoir cherché à imiter la calligraphie asiatique, il reconnaît une parenté spirituelle dans l'importance accordée à l'instant, à la spontanéité et à la concentration absolue.

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Il réalise également des performances à New York, Londres, Milan, São Paulo, Buenos Aires, Bruxelles, Montréal ou encore Lausanne. Partout, la rapidité de son exécution impressionne le public. Certaines toiles monumentales sont achevées en moins de quinze minutes, démontrant une maîtrise exceptionnelle de la composition. Ces performances contribuent largement à diffuser l'abstraction lyrique à l'échelle internationale. Elles renforcent également l'image de Mathieu comme artiste virtuose, capable de transformer la peinture en événement.

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Un dialogue avec l'expressionnisme abstrait américain

L'œuvre de Georges Mathieu est souvent rapprochée de celle des grands représentants de l'expressionnisme abstrait américain, notamment Jackson Pollock, Willem de Kooning ou Franz Kline. Les similitudes sont réelles : importance du geste, spontanéité, rejet de la figuration et valorisation du processus créatif.

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Mathieu défend toutefois avec vigueur l'idée que l'abstraction lyrique française s'est développée indépendamment de l'action painting américaine. Il rappelle que ses premières expérimentations gestuelles remontent au milieu des années 1940, avant même que Pollock ne soit largement connu en Europe.

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Cette question donnera lieu à de nombreux débats historiographiques. Aujourd'hui, les spécialistes considèrent généralement que les deux mouvements se sont développés de manière parallèle, dans des contextes culturels différents. Là où les Américains privilégient souvent une peinture dense couvrant toute la surface de la toile, Mathieu conserve des espaces vides qui mettent en valeur l'énergie du trait. Son vocabulaire plastique demeure également plus calligraphique et plus directement lié à une réflexion historique et philosophique.

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Les grandes expositions internationales

Dès les années 1950, il participe à plusieurs grandes manifestations internationales consacrées à l'art contemporain. Son travail est montré dans les principales biennales et salons de l'époque, où il apparaît comme le représentant majeur de l'abstraction lyrique française.

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Les musées acquièrent progressivement ses œuvres. Elles rejoignent notamment les collections du Centre Pompidou, du Musée national d'Art moderne, de nombreux musées japonais, allemands, italiens, suisses et américains.

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Au Japon, son influence est particulièrement forte. Plusieurs institutions organisent d'importantes rétrospectives qui rencontrent un succès considérable auprès du public. Cette reconnaissance asiatique contribue durablement à sa renommée internationale.

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Plus récemment, son œuvre a fait l'objet d'un important travail de redécouverte. Les expositions organisées dans les années 2010 et 2020, notamment au Centre Pompidou, à la Monnaie de Paris ou dans plusieurs musées européens, ont permis de replacer Mathieu au cœur de l'histoire de l'abstraction d'après-guerre. Les historiens de l'art soulignent désormais son rôle pionnier dans le développement de la peinture gestuelle en Europe.

 

Un artiste au service du design et des arts appliqués

Georges Mathieu refuse très tôt la séparation entre les beaux-arts et les arts décoratifs. Selon lui, un artiste doit intervenir dans tous les domaines de la création visuelle. Cette conviction le conduit à collaborer avec de nombreuses institutions publiques et entreprises. En 1974, il dessine la célèbre pièce française de dix francs. Rompant avec les représentations traditionnelles de la monnaie, il imagine un motif abstrait inspiré de son propre langage graphique. Cette pièce restera en circulation pendant près de trente ans et deviendra l'un des objets les plus diffusés de son œuvre.

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L'année suivante, il crée le premier logotype d'Antenne 2. Là encore, son écriture dynamique apporte une modernité inédite à l'identité visuelle de la télévision publique française. Son activité de designer ne s'arrête pas là. Il conçoit également des affiches, des tapisseries monumentales, des médailles, des décors architecturaux, des porcelaines, des meubles, des vitraux et divers projets d'aménagement intérieur. Pour Mathieu, l'art doit irriguer tous les aspects de la vie quotidienne et ne pas rester confiné aux musées. Cette vision rejoint les idéaux des avant-gardes historiques, mais avec une esthétique profondément contemporaine.

 

Les dernières décennies

À partir des années 1980, Georges Mathieu ralentit progressivement son activité publique, même s'il continue de peindre avec une remarquable régularité. Son style évolue peu, fidèle aux principes qu'il a élaborés dès la fin des années 1940, mais ses compositions gagnent en ampleur et en épure. Pendant cette période, les goûts du marché se tournent davantage vers l'art conceptuel, le minimalisme ou les nouveaux courants figuratifs. Mathieu apparaît alors comme une figure historique, parfois injustement éclipsée par les artistes américains de l'expressionnisme abstrait.

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À partir des années 2000, un important mouvement de réévaluation s'amorce. Les historiens de l'art redécouvrent son rôle fondateur dans l'émergence de la peinture gestuelle européenne. Les grandes institutions lui consacrent de nouvelles expositions et les collectionneurs internationaux manifestent un intérêt croissant pour ses œuvres majeures.

Georges Mathieu s'éteint le 10 juin 2012 à Boulogne-Billancourt, à l'âge de 91 ans. Il laisse derrière lui plusieurs milliers de peintures, dessins, lithographies, affiches et créations de design. Son influence dépasse désormais largement le cadre de l'abstraction lyrique. Son œuvre est aujourd'hui considérée comme l'un des jalons essentiels de la modernité française, ayant profondément renouvelé la relation entre le geste, la peinture et le spectacle vivant.

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Evolution de la cote de Georges Mathieu

Pendant une grande partie des années 1980 et 1990, le marché de Georges Mathieu connaît une période de relative stabilité. Alors que l'art contemporain se tourne vers le minimalisme, le néo-expressionnisme puis l'art conceptuel, la peinture gestuelle française est temporairement éclipsée par les grands noms de l'expressionnisme abstrait américain. Les collectionneurs privilégient Jackson Pollock, Willem de Kooning, Franz Kline ou Mark Rothko.

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Cette situation commence à évoluer au début des années 2000. Plusieurs historiens de l'art réévaluent son rôle fondateur dans la naissance de l'abstraction lyrique et soulignent son influence sur l'histoire de la performance artistique. Les grandes rétrospectives organisées en France, au Japon et dans plusieurs institutions européennes contribuent à replacer Georges Mathieu parmi les figures majeures de l'après-guerre.

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À partir de 2010, cette reconnaissance institutionnelle se traduit progressivement sur le marché de l'art. Les collectionneurs internationaux redécouvrent ses grandes compositions des années 1950 et 1960, considérées comme la période la plus importante de sa carrière. Les toiles monumentales exécutées durant ces deux décennies deviennent particulièrement recherchées et voient leurs estimations régulièrement dépassées lors des ventes publiques.

Depuis une quinzaine d'années, la progression est spectaculaire. Les œuvres historiques ont parfois vu leur valeur être multipliée par trois ou quatre. Les tableaux présentant les caractéristiques les plus recherchées — grands formats, fond clair, gestuelle noire rehaussée de rouge ou d'or, provenance prestigieuse et historique d'exposition — figurent aujourd'hui parmi les pièces majeures de l'abstraction européenne d'après-guerre.

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Les records d'enchères

Le marché de Georges Mathieu est aujourd'hui dominé par les grandes maisons de ventes internationales, notamment Christie's, Sotheby's, Artcurial et Bonhams. Son record mondial est détenu par une grande composition historique des années 1950, vendue pour plus de 2 millions d'euros, confirmant l'intérêt croissant des collectionneurs internationaux pour ses œuvres majeures. Une autre toile emblématique de cette période a également dépassé 1,8 million d'euros, tandis que plusieurs compositions importantes franchissent désormais régulièrement le seuil du million d'euros lors des ventes publiques.

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Les tableaux historiques de très grand format sont les plus recherchés. Les œuvres réalisées entre 1950 et 1965, surtout lorsqu'elles possèdent une provenance documentée et qu'elles ont été exposées dans les grandes manifestations internationales, concentrent l'essentiel de la demande. À l'inverse, les formats plus modestes, les œuvres sur papier ou les compositions tardives permettent encore d'acquérir une œuvre de Georges Mathieu pour quelques dizaines de milliers d'euros, offrant ainsi une porte d'entrée relativement accessible dans son univers.

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Le volume annuel des ventes

Le marché de Georges Mathieu se caractérise par une activité particulièrement soutenue. Chaque année, entre 250 et 350 œuvres sont proposées aux enchères à travers le monde, toutes catégories confondues. Cette offre comprend des peintures monumentales, des huiles sur toile de format intermédiaire, des gouaches, des dessins, des encres, des lithographies, des sérigraphies et quelques objets de design.

 

Les peintures originales représentent naturellement la part la plus importante de la valeur totale échangée, même si elles ne constituent qu'une faible proportion du nombre d'œuvres vendues. La France demeure le premier marché de l'artiste, suivie par le Royaume-Uni, les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, la Suisse et Hong Kong. Depuis quelques années, plusieurs collectionneurs asiatiques se montrent particulièrement actifs, contribuant à soutenir les prix des meilleures œuvres.

 

Les cinq œuvres les plus célèbres de Georges Mathieu

Parmi les milliers de tableaux réalisés par Georges Mathieu, certaines œuvres occupent une place particulière dans l'histoire de l'art.

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La Bataille de Bouvines (1954)

Cette immense composition constitue probablement l'une des œuvres les plus emblématiques de toute sa carrière. Inspirée de la célèbre bataille remportée par Philippe Auguste en 1214, elle illustre parfaitement la manière dont Mathieu transpose les grands épisodes de l'histoire de France dans un langage entièrement abstrait. Les éclats noirs, rouges et dorés semblent traduire la violence du combat plutôt que son déroulement. La toile est devenue l'un des symboles de l'abstraction lyrique française.

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Les Capétiens partout ! (1954)

Réalisée au cours des années 1950, cette œuvre est aujourd'hui considérée comme l'une des compositions historiques majeures de Mathieu. Son titre, volontairement spectaculaire, reflète la fascination constante de l'artiste pour la monarchie française et les grandes dynasties médiévales. La composition associe une extraordinaire densité gestuelle à une remarquable maîtrise de l'espace.

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Hommage au maréchal de Turenne (1960)

Cette toile illustre parfaitement la série des grands hommages historiques qui jalonnent toute la carrière de Mathieu. Le geste y atteint une intensité exceptionnelle. Les longues lignes noires semblent traverser l'espace avec une énergie fulgurante tandis que les accents rouges renforcent la tension dramatique de la composition.

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La Victoire de Denain (1963)

Inspirée de la bataille remportée par le maréchal de Villars en 1712, cette œuvre témoigne de l'intérêt constant de Mathieu pour les épisodes militaires de l'histoire de France. Elle est aujourd'hui régulièrement reproduite dans les ouvrages consacrés à l'abstraction lyrique.

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Le Massacre de la Saint-Barthélemy (1961)

Malgré son titre évoquant l'un des épisodes les plus tragiques de l'histoire française, cette œuvre ne cherche nullement à représenter la scène de manière figurative. Mathieu traduit uniquement la violence, la confusion et la puissance émotionnelle de l'événement par un réseau extrêmement dynamique de projections et de gestes calligraphiques. Ces cinq tableaux résument parfaitement la démarche artistique de Georges Mathieu : utiliser l'abstraction pour exprimer l'intensité dramatique de l'Histoire plutôt que sa représentation littérale.

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Les faux et l'authentification

Comme de nombreux artistes majeurs de l'après-guerre, Georges Mathieu est aujourd'hui confronté au problème des faux et des attributions contestées. La spontanéité apparente de son geste peut donner l'illusion qu'il est facile d'imiter son écriture picturale. En réalité, la maîtrise technique de Mathieu, la rapidité de son exécution et la structure interne de ses compositions sont extrêmement difficiles à reproduire avec crédibilité.

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L'authentification d'une œuvre de Georges Mathieu repose sur plusieurs critères complémentaires : étude stylistique, examen des matériaux, cohérence de la provenance, comparaison avec les archives photographiques et documentaires, ainsi que l'analyse des inscriptions, signatures et étiquettes anciennes.

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Les œuvres disposant d'un historique de propriété continu, d'une facture d'origine, d'une présence dans une exposition importante ou d'une publication dans la littérature spécialisée offrent naturellement les meilleures garanties.

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Il n’existe pas de catalogue raisonné officiel des œuvres de Georges Mathieu. Il est en revanche indispensable pour maintenir la cote d’une œuvre, de posséder un certificat du Comité Georges Mathieu, qui était dirigé jusque son décès en Juin 2020 par Jean Marie Cusinberche. Ses archives ont depuis été rachetées par Marc OTTAVI, qui fait maintenant autorité pour expertiser les œuvres de Georges Mathieu et délivrer des certificats d’authenticité. Progressivement, expertise après expertise, ces archives font office de catalogue raisonné.

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L'héritage de Georges Mathieu

Plus de soixante-dix ans après ses premières expérimentations gestuelles, Georges Mathieu apparaît comme l'un des artistes les plus visionnaires de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Longtemps résumé à son rôle de chef de file de l'abstraction lyrique, il est aujourd'hui reconnu pour une contribution bien plus vaste à l'histoire de l'art.

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Il a profondément renouvelé la pratique de la peinture en faisant du geste un langage autonome, en transformant l'exécution de l'œuvre en spectacle public et en affirmant que la vitesse pouvait constituer une valeur esthétique à part entière. Cette conception annonce directement de nombreuses formes artistiques apparues plusieurs décennies plus tard, de la performance au happening, en passant par certaines pratiques de l'art urbain ou de l'art actionniste.

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Son influence se retrouve également dans le design graphique, la communication visuelle et les arts appliqués. Sa pièce de dix francs, le logotype d'Antenne 2 ou ses nombreuses réalisations pour l'espace public témoignent de sa volonté constante de faire dialoguer création artistique et vie quotidienne.

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Aujourd'hui, ses œuvres figurent dans les collections des plus grands musées internationaux et suscitent un intérêt croissant de la part des collectionneurs privés. La progression régulière de sa cote confirme cette redécouverte historique, tandis que les nouvelles générations d'historiens de l'art replacent progressivement Georges Mathieu au rang qui est le sien : celui d'un inventeur, d'un théoricien et d'un créateur dont l'influence dépasse largement les frontières de l'abstraction lyrique.

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Par la liberté de son geste, l'audace de ses performances et l'ambition de sa pensée, Georges Mathieu demeure l'une des personnalités les plus originales et les plus marquantes de l'art du XXᵉ siècle. Son œuvre continue de démontrer qu'une peinture peut être à la fois un acte physique, une réflexion intellectuelle et une expérience esthétique d'une intensité exceptionnelle.

La galerie Class Art Biarritz propose plusieurs œuvres uniques de Georges Mathieu.

 

A lire sur notre blog :

-Exposition Georges Mathieu à la monnaie de Paris

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