Les Bonbons de Laurence Jenkell en Arabie Saoudite
- Delphine & Romain CLASS
- 2 janv.
- 5 min de lecture
L’exposition de Laurence Jenkell à La Petite Maison Riyad, restaurant français en arabie Saoudite, s’inscrit dans une démarche originale où l’art contemporain investit un lieu de vie et de partage, loin des espaces muséaux traditionnels. En installant ses sculptures emblématiques de Bonbon au cœur d’un restaurant français iconique, l’artiste propose une expérience esthétique intégrée au quotidien, où l’œuvre dialogue avec l’architecture, la lumière et les gestes de la table. Les bonbons en plexiglas, par leur transparence et leur chromatisme éclatant, captent l’énergie du lieu et deviennent des points de respiration visuelle, invitant le visiteur à ralentir, à observer et à interpréter.

Les œuvres présentées ont été choisies en résonance directe avec l’identité de La Petite Maison. Le Wrapping Bonbon Tomates rend hommage à l’ingrédient signature du restaurant, symbole de générosité méditerranéenne, tandis que le Wrapping Bonbon Citrons évoque la fraîcheur, la lumière et les racines niçoises de la maison. Par ce jeu de correspondances, Laurence Jenkell établit un pont subtil entre art et gastronomie, où la couleur, la forme et la matière font écho aux saveurs, aux textures et aux émotions culinaires. Le bonbon devient alors un objet sensoriel total, à la fois visuel, symbolique et émotionnel.
Au-delà de l’aspect ludique et immédiatement séduisant de ses sculptures, l’exposition révèle la profondeur conceptuelle du travail de Jenkell. La torsade (wrapping), élément central de chaque pièce, incarne une tension contenue : celle du désir, de l’attente, de l’enfermement. Présentées dans le contexte raffiné de La Petite Maison Riyad, ces œuvres prennent une dimension nouvelle, soulignant le contraste entre plaisir et retenue, abondance et contrainte — une dualité qui résonne particulièrement dans un espace dédié à l’art de vivre. La transparence du plexiglas, travaillée jusqu’à l’extrême, agit comme un révélateur de lumière et transforme chaque sculpture selon l’heure du jour et le point de vue du spectateur.
Cette exposition s’inscrit également dans un moment clé de l’ouverture culturelle de Riyad, où la capitale saoudienne affirme sa volonté de devenir un carrefour international de la création contemporaine. En accueillant une artiste française dont le travail est reconnu à l’échelle mondiale, La Petite Maison Riyad participe à cette dynamique et renforce le dialogue entre les cultures. L’installation permanente des œuvres souligne cette ambition de durabilité et d’ancrage, faisant de l’art un élément constitutif de l’identité du lieu.

Ainsi, l’exposition de Laurence Jenkell à La Petite Maison Riyad dépasse le simple accrochage décoratif pour devenir une expérience immersive, où l’art, la gastronomie et la culture se rejoignent dans un même élan. Les Wrapping Bonbon, à la fois joyeux et chargés de sens, incarnent cette rencontre entre le visible et l’invisible, le plaisir immédiat et la réflexion intime, offrant au public une lecture sensible et contemporaine de l’art français à l’international.
L’idée du bonbon n’est pas marketing au départ : elle vient d’un souvenir très personnel de l’artiste Laurence Jenkell. Enfant, Laurence Jenkell était frustrée de ne pas réussir à ouvrir correctement et facilement les papillotes de bonbons. Cette torsion impossible à défaire est devenue plus tard une obsession et rapidement le cœur de son œuvre : une métaphore des blocages humains, sociaux et émotionnels.
Laurence Jenkell n’est pas issue d’un parcours académique classique en sculpture. Elle a longtemps travaillé dans l’univers de la communication et du design avant d’oser s’imposer comme artiste. Cette liberté explique pourquoi elle a choisi de travailler un sujet que beaucoup jugeaient au départ… trop simple et peu original, mais que personne n’avait alors réussi à vraiment exploiter techniquement, surtout en ce qui concerne la torsade (le wrapping) de l’emballage du bombon.. Laurence Jenkell a commencé à expérimenter la forme du bonbon au milieu des années 1990,
Une technique derrière un succès
Laurence Jenkell a mis au point la technique de ses bonbons torsadés en plexiglas par un long travail d’expérimentation empirique, en dehors des circuits académiques traditionnels. Partant d’une intuition liée au geste de torsion — inspiré par l’impossibilité d’ouvrir un bonbon — elle s’est confrontée aux contraintes physiques du PMMA (plexiglass) : un matériau rigide à froid, sensible à la chaleur et aux tensions internes. Par essais successifs, elle a appris à maîtriser des plages de chauffe très précises, à intervenir dans un temps extrêmement court et surtout à doser la torsion pour obtenir un mouvement figé sans provoquer ni blanchiment ni fissure dans le matériau. Cette phase a nécessité de nombreux échecs, de multiples pièces perdues et une compréhension progressive du comportement du matériau sous contrainte.

Peu à peu, elle a développé un savoir-faire hybride, unique, à la frontière de l’artisanat d’art et de l’ingénierie plastique : torsion contrôlée, maintien de la forme, recuisson lente pour libérer les tensions, puis un long travail de finition, surtout un polissage méticuleux, visant une transparence parfaite. La technique de wrapping s’est ainsi construite comme un langage personnel, indissociable du sens de l’œuvre : la torsade n’est pas un simple effet formel, mais le résultat d’un combat maîtrisé avec la matière, qui traduit plastiquement la notion d’enfermement, de tension et de désir contenu au cœur du travail de Laurence Jenkell. Faite à la main, et déformée différemment à chaque fois, chaque œuvre d’art est unique.
Derrière l’aspect pop, elle insiste sur la notion d’enfermement : le bonbon est emballé, protégé, mais aussi contraint. Elle l’utilise comme symbole de la condition humaine moderne, coincée entre désir, normes et pression sociale.
Une anecdote technique intéressante : elle a longtemps expérimenté différents matériaux (plexiglas, aluminium, résine, verre de Murano) avant de maîtriser le bronze torsadé, extrêmement complexe à couler sans perdre la sensation de mouvement.
Les œuvres de Laurence Jenkell ont connu plusieurs ventes aux enchères remarquables, témoignant de la solidité et de la reconnaissance internationale de sa cote sur le marché de l’art contemporain, et du pop art. Certaines de ses sculptures emblématiques de Wrapping Bonbon, réalisées en plexiglas, en bronze, en aluminium poli miroir ou en marbre, ont été adjugées dans de grandes maisons de ventes internationales telles que Sotheby’s et Christie’s, souvent au-delà de leurs estimations. Un résultat particulièrement marquant a été enregistré à New York, où une sculpture monumentale en aluminium poli miroir a dépassé les 300 000 dollars, établissant un record pour l’artiste. Ces adjudications confirment l’intérêt soutenu des collectionneurs pour des pièces uniques ou de grand format et inscrivent durablement Laurence Jenkell parmi les artistes contemporains français les plus présents sur le marché secondaire.

Parmi ses nombreuses présences à l’international, Laurence Jenkell a marqué la scène artistique de New York avec des installations monumentales de ses célèbres Wrapping Bonbon, transformant des espaces urbains emblématiques en galeries d’art à ciel ouvert. En 2018, sa série “Candy Nations” a investi le Garment District le long de Broadway, avec une vingtaine de sculptures de bonbons gigantesques, chacune aux couleurs d’un pays du G20, célébrant à la fois l’unité culturelle et la diversité mondiale dans le cœur battant de Manhattan. Simultanément, une autre installation majeure, “Crossroads of the World”, a été présentée au Port Authority Bus Terminal, le plus grand terminal d’autobus du monde, offrant aux dizaines de milliers de voyageurs quotidiens une expérience artistique vibrante dans leur quotidien. Cette exposition new‑yorkaise a non seulement amplifié la visibilité de Jenkell sur la scène internationale, mais elle a aussi souligné sa capacité à intégrer l’art contemporain dans des lieux publics très fréquentés, transformant des parcours quotidiens en moments de découverte et d’émerveillement.
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