KAWS, les anecdotes d’un génie du Pop Art
- Delphine & Romain CLASS
- il y a 2 jours
- 7 min de lecture
Avant que KAWS ne devienne l’artiste contemporain mondialement reconnu que l’on connaît aujourd’hui, et au-delà de ses figurines et personnages devenus cultes, il a commencé sa carrière dans les rues de New York, entre 1990 et 1995, armé uniquement de marqueurs et de bombes de peinture. À cette époque, il ne travaillait pas dans des galeries ni pour des clients prestigieux : il faisait du graffiti.
Armé d’un passe-partout, KAWS a rapidement développé une pratique qui allait devenir sa signature : il modifiait des publicités existantes dans le métro et dans la ville. Plutôt que de se contenter de taguer ou de peindre par-dessus les publicités, il intégrait ses propres personnages et motifs, créant un contraste surprenant entre l’univers commercial et ses créations originales. Par exemple, il pouvait remplacer le visage d’un mannequin dans une publicité par son personnage emblématique aux yeux en “X”, donnant une nouvelle lecture ironique et parfois mélancolique de la publicité.

Son style mélangeait culture pop, dessins animés classiques et références à l’art contemporain, ce qui a immédiatement capté l’attention des passants et d’autres artistes. Ces interventions ont rapidement circulé dans le milieu artistique new-yorkais, grâce au bouche-à-oreille et aux photos partagées. Même si ces œuvres étaient “illégales”, elles étaient perçues comme innovantes, humoristiques et visuellement frappantes, et elles ont posé les bases de ce qui allait devenir l’esthétique reconnaissable de KAWS.
Ce début dans le street art est essentiel pour comprendre son travail ultérieur : la fusion entre culture urbaine, art contemporain et objets du quotidien, ainsi que son désir de surprendre et d’interagir avec le public en dehors des cadres traditionnels des musées et des galeries. Il aurait plus de mille panneaux publicitaires dans les rues et le métro de New York au début des années 1990. Son travail n’était pas systématiquement documenté à l’époque — beaucoup de ces interventions étaient illégales et éphémères, et certaines ont été effacées très rapidement par la ville ou les régies publicitaires. C’est surtout grâce aux photos prises par des amateurs et partagées dans le milieu artistique que son street art a circulé et commencé à se faire connaître.
Parmi ses interventions les plus remarquées, au début des années 1990, KAWS a pris pour cible une publicité pour McDonald’s dans le métro de New York. La pub montrait Ronald McDonald en train de sourire et de présenter un menu. L’artiste a subtilement remplacé le visage de Ronald par un de ses personnages, avec les yeux en “X”, tout en gardant la posture et les couleurs de la publicité intactes. Le résultat était à la fois humoristique et subversif : les passants reconnaissaient immédiatement Ronald McDonald, mais le visage triste et cartoon de KAWS donnait à l’image une dimension étrange et mélancolique, presque critique envers la culture de consommation. L’anecdote raconte que certains voyageurs, intrigués, ont commencé à photographier la publicité et à la commenter, tandis que d’autres pensaient à une “erreur d’impression” ou un gag publicitaire.
Des ventes record et une côte au sommet !
Une quinzaine d’années après la création de ses premières figurines en vinyles, les Companions, ou les Chum, très recherchées par les collectionneurs, ses œuvres en édition limitées ont vu leur côte exploser !
En 2019, une œuvre monumentale de KAWS intitulée Along the Way a été vendue lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s pour plus de 14 millions de dollars, un montant qui a surpris de nombreux amateurs d’art et collectionneurs. La sculpture représente deux figurines de son personnage emblématique Companion, dans une posture qui évoque à la fois la solitude, la mélancolie et la vulnérabilité humaine.

Pont entre deux mondes – La vente de Along the Way symbolise la capacité unique de KAWS à traverser les mondes : du graffiti illégal et underground à l’art contemporain de prestige. Cela montre qu’il a réussi à faire évoluer sa pratique sans renier ses racines, en conservant l’esprit ludique et critique de ses premières œuvres tout en séduisant le marché des collectionneurs fortunés. Impact culturel – Cette vente a confirmé que KAWS n’était plus seulement un artiste de rue ou un créateur de jouets culte, mais une figure majeure de l’art contemporain mondial. Elle a également contribué à faire exploser la valeur de ses œuvres, renforçant son statut de référence pour les collectionneurs et les institutions.
En résumé, cette vente est devenue un symbole de l’ascension fulgurante de KAWS, montrant que le street art peut non seulement s’imposer dans les musées, mais aussi atteindre des sommets financiers inattendus, tout en conservant sa capacité à émouvoir et surprendre le public.
Ce ne fut que le début de l’ascension de sa côte, puisque ses tarifs ont quasiment triplés en galerie, en moyenne, de 2019 à 2023, et progressé de 30% aux enchères (source Artprice).
En 2023, KAWS a franchi une nouvelle étape dans sa carrière avec la vente d’une édition limitée de sa sculpture Companion XL, une version géante de 4 mètres de haut de son personnage emblématique Companion. La vente s’est déroulée via Phillips, lors d’Art Basel, l’une des foires d’art contemporain les plus prestigieuses au monde.
L’œuvre a été vendue pour 18 millions de dollars, un montant confirmé par les estimations des collectionneurs et des spécialistes du marché. La sculpture Companion XL est imposante et immersive : sa taille grandeur nature permet au spectateur de se confronter directement au personnage, renforçant l’aspect émotionnel et interactif du travail de KAWS. Comme pour ses autres Companion, les yeux en “X” transmettent à la fois une vulnérabilité et un sentiment mélancolique. Cette édition limitée a été particulièrement prisée par des collectionneurs américains et asiatiques, ce qui montre la portée internationale de l’artiste et l’universalité de son langage visuel.
Un immense succès dans tout le sud est asiatique
Outres l’Amérique du nord et l’Europe, Kaws est extrêmement populaire en Asie, et surtout dans le Sud-Est asiatique, une région où la culture pop et le street art ont un fort impact sur les jeunes générations. Ses œuvres ont trouvé un public attentif dans plusieurs pays clés, notamment Singapour, Hong Kong, Taïwan, la Thaïlande et l’Indonésie.
À Singapour, KAWS est particulièrement prisé des collectionneurs et amateurs d’art contemporain. Ses expositions lors d’événements comme Art Stage Singapore ont attiré de nombreux visiteurs, et les éditions limitées de ses figurines se vendent très rapidement, parfois en quelques minutes. La scène singapourienne est très connectée aux réseaux sociaux, ce qui permet à ses œuvres de circuler largement et de toucher un public jeune et international.
Hong Kong est un autre marché majeur pour KAWS. Grâce à Art Basel Hong Kong et à plusieurs galeries prestigieuses, il a pu exposer ses sculptures monumentales et interagir avec un public de collectionneurs fortunés. Il a installé une énorme sculpture gonflable de son personnage Companion dans le Victoria Harbour à Hong Kong en mars 2019.

L’installation, partie de son projet nomade KAWS:HOLIDAY, a été déployée du 22 au 31 mars 2019, avec une version de Companion longue de 37 mètres flottant allongée sur l’eau du port, attirant l’attention des habitants et des visiteurs lors du Hong Kong Arts Month.
En Thaïlande, Bangkok est devenue un centre urbain sensible aux arts visuels et à la culture pop. Les galeries privées exposent régulièrement ses œuvres, et ses collaborations avec des marques comme Nike et Medicom Toy ont rendu ses personnages très populaires auprès des jeunes. Ses dernières figurines Kaws Holiday Thailand se sont vendues en quelques minutes.
En Indonésie, Jakarta et d’autres grandes villes accueillent des expositions de street art et de design contemporain. Bien que la présence de KAWS soit moins institutionnalisée qu’à Singapour ou Hong Kong, ses figurines et éditions limitées y sont très recherchées, notamment par les collectionneurs de sneakers et de culture pop.
À Taïwan, Taipei a accueilli plusieurs installations et expositions publiques de KAWS. Ses sculptures monumentales ont attiré de grandes foules, et les éditions limitées se vendent en quelques minutes dès leur sortie. Le public taïwanais partage massivement les œuvres sur les réseaux sociaux, créant une véritable communauté de fans.
Les Simpson : une collaboration clé
KAWS s’est intéressé très tôt aux icônes de dessins animés, et l’une de ses premières séries de peintures, au tournant des années 2000, détourne l’univers de la série télévisée The Simpsons sous le nom de “The Kimpsons”. Dans ces œuvres, il réinterprète avec humour et ironie les personnages classiques — Homer, Marge, Bart, Lisa et Maggie — en leur superposant sa signature : crâne ou visage avec les yeux en “X”, créant une sorte de version KAWS des Simpsons qui sont immédiatement reconnaissables tout en étant transformés par son style pop‑graffiti. Ce travail a été exposé dès 2001 à Tokyo First (Parco Gallery).

L’apogée de cette série est la peinture The KAWS Album (2005), commandée par le collectionneur et designer japonais NIGO. Cette œuvre parodie The Yellow Album (une couverture parodique des Simpsons basée elle‑même sur le célèbre album des Beatles), en remplaçant les personnages du dessin animé par des versions à la sauce KAWS. Cette pièce est devenue extrêmement célèbre bien après sa création : lors d’une vente aux enchères à Sotheby’s Hong Kong en 2019, elle s’est vendue pour près de 14,8 millions de dollars (source Artprice), soit bien au‑delà des estimations, devenant l’un des records de l’artiste.
Au total, ces œuvres autour des Simpsons — souvent appelées les séries Kimpsons — comptent une cinquantaine de peintures créées entre 2001 et le milieu des années 2000, explorant différentes mises en scène des personnages et transformant des scènes familières du dessin animé en œuvres d’art contemporain.
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